La chorale francophone
de Basse-Silésie 
fait la une de L’Avenir de l’Artois.
Chor Frankofonow, depuis 20 ans Ils chantent la France en Pologne...
Ils n'ont jamais oublié la France de leur enfance!
Dix-neuf ans qu'elle existe, cette chorale inédite et surprenante, quelque part en Basse-Silésie,
à Walbrzych. Originale en effet car constituée à ses débuts d'une quarantaine de.
.. rapatriés de France !
Toutes et tous sont arrivés là-bas en provenance du Nord et du Pas-de-Calais, dans les années 1946 et 1947 : leurs parents avaient fait le choix du retour au pays
natal, quand
la Pologne rappelait à elle ses expatriés pour rebâtir le pays laminé par cinq
années d'occupation nazie.
C'est le cas de Czeslowa Wlodarczyk. Elle vivait, avec son frère et sa soeur, à Hersin-
Coupigny, dans le quartier de la Longue Pierre, quand ses parents (le papa mineur et la
maman ménagère) décident de retourner en Pologne. « J'avais dix-sept ans et demi, c'était
pour moi un grand voyage vers l'inconnu... », se souvient-elle dans un français parfait. « Il
s'agissait, juste après la guerre, d'
aller là-bas pour reconstruire la Pologne. » Arrivée en Basse-
Silésie, la petite famille va s'installer à Walbrzych, le père reprenant bien sûr son travail de
mineur là-bas ; mais pour Czeslowa, l'aînée, pas d'école polonaise qui corresponde à son âge
pour l'accueillir : « J'avais appris la couture en France, alors j'ai commencé à faire des petits
travaux de couture... »
D'Hersin et de Béthune
Le hasard a fait néanmoins bien les choses. C'est dans le train qui l'emmène au pays de ses
ancêtres qu'elle fait la connaissance d'un autre adolescent, Français comme elle : Stéphane.
Lui arrive de Béthune. Ils s'apprécient de suite : peut-être ce destin commun forcé les a-t-il
rapprochés davantage encore. La chance, toujours, fait qu'ils se retrouveront habitant la même
ville ! Dès lors commencera l'histoire de Czeslowa et Stéphane : ils s'aimeront et se marieront
en Pologne, de leur union naîtront deux enfants.
« Nous sommes toujours restés à part, plus vraiment Français et pas vraiment Polonais ;
d'ailleurs on ne nous appréciait pas beaucoup au début, nous étions pour les Polonais des
"Français". Alors, on se voyait entre nous, on se rencontrait souvent, on passait des soirées
ensemble. » Mais à l'époque, ça s'arrêtait là : pas question de s'organiser et de créer une
association de Français et de rapatriés de France en Haute et Basse Silésie. « On s'organisait
des soirées dansantes entre nous, on avait envie de chanter en groupe. »
L'espoir de rentrer
« Nous avons toujours eu l'espoir de rentrer. » Fin 60-début 70, l'opportunité se présente pour
Czeslowa et Stéphane de revenir en France, dans les mines d'Anzin mais la tentative avortera.
« Nous étions revenus voir de la famille à Paris et à Béthune. C'est vrai que les mineurs
gagnaient bien en Pologne mais quand nous avons revu la France, avec tous ces
supermarchés, on ne savait pas quoi regarder tant il y en avait... alors que la vie était si
difficile chez nous. Maintenant c'est l'inverse : on ne manque de rien dans le pays mais on a
moins d'argent ou pas de travail... » Autres temps, autres moeurs : en 1991, la chorale
francophone est autorisée officiellement à se créer. « J'étais déjà la doyenne », se souvient
Czeslowa (elle l'est toujours aujourd'hui à 81 ans !), « je jouais de l'accordéon. » L'objectif
était de célébrer en chansons le pays de leurs origines qu'ils n'avaient jamais vraiment pu
oublier. Les corons, Comme papa, Les montagnards, Les comédiens, Ma Normandie, En
passant par la Lorraine, Sur le pont d'Avignon... Tout le folklore et les chansons tricolores les
plus populaires auront été interprétés par le Chor Frankofonow qui se produira enfin en
public, d'abord à Walbrzych puis plus loin à Wroclaw, Cracovie ou même en Tchéquie. Grâce
à l'association Amitié France-Pologne, le choeur viendra aussi en France, en Bretagne et dans
la Nièvre et, en juin 2009, moment de gloire, se produira à Bruxelles au siège des
commissions du Parlement européen.
De "vrais" Polonais
Aujourd'hui, la chorale dirigée par Helena Kurlub (rapatriée de Valenciennes à l'âge de six
ans) compte encore une bonne vingtaine de membres, avec notamment des jeunes de 18 ans,
de "vrais" Polonais ! « Je leur apprends à chanter le français phonétiquement », s'amuse
Czeslowa. Sur ses trois petits-enfants et trois arrière-petits-enfants, un seul a appris le
français, grâce à elle bien sûr. Quant à son époux Stéphane, il ne chante pas dans la chorale à
son grand désespoir, « et pourtant, il sait chanter, issu d'une famille de musiciens : il y a un
Wlodarczyk qui accompagne Michel Pruvost et c'est un de ses neveux qui a épousé votre
chanteuse Marie-Lore ! » Reverra-t-on Chor Frankofonow en France ? Peut-être dans le
Bassin minier, en avril-mai prochains, dans plusieurs localités et à Bruay-La-Buissière en
particulier où l'union locale CGT tente d'organiser un récital dans le cadre des animations
commémorant de la Commune de Paris.
Christian NOWICKISource :
L’Avenir de l’Artois (édition du 23 décembre 2010) (Bruaysis – Auchellois)
Lien: AssoAmisGierek@aol.com
